Culture

TRIBUNE | Mémoire, foi et identité : le 1er août à Kolwezi, entre traditions et tensions culturelles

Par notre rédaction, avec le regard du Professeur Sylvain Kantolomba, sociocritique

Chaque 1er août en République Démocratique du Congo, les familles se rendent dans les cimetières pour assainir les tombes, se souvenir de leurs morts et honorer la mémoire des anciens. À Kolwezi, cette tradition a une résonance particulière : les cimetières se remplissent de gestes simples, de prières, de balais et de larmes discrètes. C’est une journée de continuité silencieuse, un lien entre les vivants et les morts.

Mais cette pratique, bien qu’ancestrale, ne fait pas l’unanimité. Dans certains cercles chrétiens, elle suscite encore des réticences. Certains y voient une survivance païenne, incompatible avec les enseignements bibliques. Pourtant, ce rejet pose question : faut-il nécessairement renier ses racines culturelles pour être un bon chrétien ?

À cette occasion, nous avons rencontré le Professeur Sylvain Kantolomba, sociocritique et fin observateur des dynamiques identitaires en Afrique centrale. Son constat est sans détour : « La société congolaise souffre parce qu’elle a perdu la maîtrise de ses cultures. Nous avons piétiné notre propre identité. Or, l’homme est porté par son identité. »

Selon lui, une lecture trop rigide de la foi chrétienne, souvent influencée par une empreinte occidentale, pousse certains croyants à se couper de leurs traditions, jusqu’à se rendre étrangers à eux-mêmes. Il dénonce cette fracture comme dangereuse : « Une existence sans identité, c’est une existence perdue. »

Kantolomba rappelle que même la Bible est ancrée dans une culture spécifique : celle du peuple juif. La circoncision, les rites, le mode de vie des patriarches sont avant tout des éléments culturels. Il affirme : « Croire ne signifie pas cesser d’être soi. La foi ne doit pas devenir un instrument de négation de l’héritage culturel. »

Quant à la célèbre phrase « Laissez les morts enterrer leurs morts », souvent brandie pour condamner les pratiques funéraires traditionnelles, le professeur en propose une lecture nuancée : « Il ne s’agit pas du cadavre, mais de ceux qui choisissent l’égarement spirituel. Personne, même chrétien convaincu, n’irait refuser d’enterrer sa propre mère. »

Ce qu’il défend, c’est un retour à l’équilibre, une cohabitation pacifique entre foi et culture. « Lorsque les chrétiens se marient, ils disent spontanément “chez nous, on fait comme ceci”. Cela prouve que, malgré tout, leur culture reste vivante en eux. »

Et cette appartenance, loin de s’opposer à Dieu, est pour lui voulue par Dieu : « Dieu t’a fait naître dans une tribu, dans une langue, avec des coutumes. Il ne t’a pas demandé de renier cela. »

En conclusion, le professeur Kantolomba nous rappelle que la culture n’est pas un obstacle à la foi, mais un socle de sens. Déconnecté de sa culture, l’homme devient nu spirituellement. Et le 1er août, à Kolwezi, ce sont justement des hommes et des femmes enracinés dans leur mémoire qui, foulard à la main, se sont inclinés devant leurs ancêtres en silence, mais avec dignité.

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