RDC : entre quête du bonheur et sacrifice, les nouveaux licenciés au défi (la leçon du Prof Sylvain Kantolomba )
À Kolwezi, les cérémonies de collation de grades se ressemblent souvent : toges ajustées, éloges aux autorités politico-administratives, sourires crispés, larmes de parents. Mais samedi dernier, à l’Université Libre de Kolwezi (ULIKO), un détail a changé la donne. Un discours. Celui du recteur, le Professeur Sylvain Kantolomba. Vingt minutes d’une leçon académique au titre intrigant : « Entre la quête du bonheur et le sacrifice permanent ».
Ce n’était pas une allocution protocolaire. Pas une suite de formules convenues. Mais une méditation pointue, parfois rude, sur ce que signifie réussir sa vie. « Le bonheur n’est pas un prêt-à-porter », a-t-il lancé. La phrase est restée, répétée par les étudiants. Elle dit l’essentiel : rien ne s’offre, tout se gagne.
Le recteur aurait pu s’en tenir aux citations philosophiques : Schopenhauer, Edgar Morin, Rabelais. Il a préféré les mêler à des images tirées du quotidien. Un enfant qui rit, pieds nus, sur une termitière. Une femme qui sourit au retour de son mari pêcheur. Un jeune qui grille son gibier au feu de bois. Autant de scènes simples, qui rappellent que le bonheur ne réside pas dans le luxe, mais dans la dignité et la joie partagée.
Puis il a resserré son propos. « Voulez-vous être conduits ou conducteurs ? » Question directe, presque brutale. Aux lauréats, il a rappelé que le diplôme n’est pas une fin, mais une arme. L’université ne fabrique pas des spectateurs, elle forme des acteurs. Dans une province minière comme le Lualaba, où l’avenir se joue entre exploitation et justice sociale, cette injonction résonne fort : prenez le volant, ne vous laissez pas conduire.
La rhétorique du recteur, volontiers martiale, a pu surprendre. « Vous êtes des soldats du savoir », a-t-il martelé. Mais derrière les métaphores guerrières, une vérité s’impose : la RDC ne manque pas de diplômés, elle manque de bâtisseurs. Les élites formées doivent relever le défi de la rigueur, de la discipline et du courage, dans un pays qui vacille trop souvent entre résignation et fuite en avant.

La pertinence de ce discours tient dans son équilibre. D’un côté, un rappel de la souffrance universelle : personne n’échappe aux épines de la vie. De l’autre, une promesse : le bonheur est possible, mais seulement pour ceux qui se lèvent, affrontent la peur et osent. C’est une philosophie de combat, mais une philosophie lucide.
À l’heure où l’ULIKO fête ses dix ans, ce message va au-delà des murs de l’université. Il touche une société entière, invitée à cesser d’attendre des solutions parachutées. Le bonheur, a répété le recteur Sylvain Kantolomba, « n’est ni à l’Ouest ni à l’Est. Il est dans vos mains. »
À Kolwezi, ce samedi, les étudiants ont quitté l’esplanade avec leurs diplômes. Mais le vrai cadeau, c’est peut-être cette leçon : l’avenir ne se reçoit pas, il se construit. À coups de sacrifice, certes. Mais aussi d’espérance.
Rédaction / zoometrezoom.com
